
SpaceX, avec une levée de 75 milliards de dollars en bourse, affichera une valorisation de 1.765 milliards de dollars. Du jamais vu. Trois fois le record de levée de Saudi Aramco. Anthropic et OpenAI suivront, valorisés à 1.000 milliards de dollars chacun. Sans faire de profit.
Les indices s’envolent, les « semi-conducteurs » jouent aux vedettes. En fait, la formule est incomplète et réductrice, ce sont bien tous les acteurs de la transformation du XXIème siècle qui sont à l’œuvre.
L’IA est un modeste acronyme qui cache en fait une révolution, au même titre que celles de l’apparition de l’informatique dans les entreprises puis dans le grand public, l’émergence du Web, des DotCom et du BigData, associées à celle du transport de l’information et celle de l’énergie.
1. Un afflux financier sans précédent dans l’Histoire
Les 11 principales sociétés technologiques américaines vont dépenser dans les 12 prochains mois l’équivalent de 3 % du PIB des Etats-Unis, en investissements liés à l’IA.
Ce n’est pas un cycle technologique ordinaire. C’est un pari civilisationnel et financier, d’une ampleur inédite, qui se met en place.
C’est un point de bascule historique qui se met en place.
Les marchés avaient commencé à douter en début d’année de la rentabilité de ces investissements. Ils ont vite repris leur course. Les résultats des grandes tech ont rassuré. L’enthousiasme a repris de plus belle.
2. La ruée vers les semi-conducteurs : l’or du XXIème siècle
Derrière l’IA et les datas, il y a des puces. Et derrière les puces, il y a une géopolitique industrielle que peu de dirigeants ont vraiment intégrée dans leur stratégie.
Quelques chiffres qui donnent le vertige :
- L’indice coréen Kospi : +100% depuis janvier, tiré à 50% par les semi-conducteurs
- SK Hynix : +200%. Samsung Electronics : +170%
- TSMC à Taiwan frôle les 2.000 milliards de capitalisation, soit 40% de l’indice de Taipei
- Micron aux États-Unis : +250%. Intel : +200%
- En Europe, STMicroelectronics : +180%. Infineon : +110%
SoftBank a dépassé Toyota comme première capitalisation japonaise. Le monde industriel est en train de se recomposer sous nos yeux.
3. Les marchés boursiers sont-ils en surchauffe ?
La concentration des indices autour de quelques valeurs, dépendantes de la demande de quelques géants, est une vulnérabilité systémique majeure.
Par exemple, Broadcom a été sanctionné pour n’avoir pas relevé ses prévisions annuelles, pas pour avoir publié de mauvais résultats.
Des signes d’une fébrilité grandissante apparaissent, nous invitant à faire un parallèle avec les grandes crises boursières, comme celle des DotCom, où l’indice Nasdaq, le plus important indice du monde à l’époque (en terme de capitalisation) avait chuté de plus de 75 % par rapport à son plus haut historique de 2000. Plus de 90 % des sociétés DotCom cotées à l’époque ont disparues aujourd’hui.
Durant cette période 1994-2000, la valorisation des nouveaux entrants sur le marché était astronomique, bien souvent sans un dollar de chiffres d’affaires. La période actuelle est un peu différente, mais l’engouement et la dynamique sont les mêmes.
4. Attention : tensions et stagflation
Derrière la fête boursière de l’IA se cache une économie mondiale sous tension. La guerre au Moyen-Orient fait flamber les prix de l’énergie. L’inflation repart. La stagflation (croissance atone + inflation persistante) guette.
C’est là que le regard géopolitique devient indispensable, car la particularité de l’IA est qu’elle est SYSTEMIQUE.
Aux États-Unis, les investissements dans l’IA représentent plus de 80 % de la croissance. Ce qui signifie que sans l’IA, la croissance américaine ressemblerait à celle de l’Europe.
Et la hausse des taux qui se profile pour juguler l’inflation pourrait frapper de plein fouet les entreprises tech qui empruntent massivement sur les marchés pour financer leurs investissements.
Cependant, les Etats-Unis, comme toujours depuis la fin du XIXème siècle, sont leader dans les mutations innovations/technologiques/économiques, et leurs marchés financiers sont le bras armé pour drainer les financements et les dirigeants vers ces mutations.
Ce que tout décideur doit comprendre
Nous sommes à l’intersection de trois dynamiques simultanées :
- Une révolution technologique réelle, portée par des investissements historiques,
- Des valorisations boursières historique, comme la transformation en cours,
- Un contexte géoéconomique mondial dégradé (conflits, coûts de l’énergie, mondialisation moins heureuse, tensions douanières, réapparition des blocs, Chine combative…) que les marchés choisissent d’ignorer.
La surchauffe boursière autour des semi-conducteurs et de l’IA délivre un message :
La question n’est pas de savoir si l’IA va transformer vos marchés, elle les transforme déjà. La question est de savoir quand et comment la transformation provoquera des disparitions d’entreprises, et si votre organisation est positionnée pour en sortir renforcée.
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