
Destiné à libéraliser les échanges entre l’Union Européenne et quatre pays d’Amérique latine (l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, et l’Uruguay, ainsi que la Bolivie en tant que membre associé depuis 2024, et la suspension du Venezuela en 2016, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Guyana, le Pérou et le Surinam sont devenus également des membres associés), le traité commercial avec le Mercosur (« marché commun du Sud ») a été approuvé le 9 janvier 2026 par les États membres, et ratifié par Ursula von der Leyen le 17 janvier 2026 à Asuncion, au Paraguay.
Initiées en 1999, les discussions de l’accord de libre-échange ont connu de multiples rebondissements, à la suite à plusieurs oppositions, à différents niveaux sur plusieurs degrés, par la France et d’autres États européens (Irlande, Pologne, Hongrie, Autriche).
« Nous optons pour un commerce juste plutôt que des droits de douane, pour un partenariat productif à long terme plutôt que l’isolement » …/… « Et par-dessus tout, nous entendons apporter des avantages concrets et tangibles à nos peuples et nos entreprises », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, peu avant de signer l’accord.

Le texte (source Union Européenne) :
- Texte de l’accord.
- Questions et réponses sur l’accord de partenariat UE-Mercosur
- Opening a wealth of opportunities for people in France.
Le principe
Aujourd’hui, des barrières commerciales sont imposées aux entreprises européennes qui cherchent à vendre leurs produits dans l’espace du Mercosur. Par exemple, des droits de douane de 27 % sont appliqués sur le vin, ou de 35 % sur les voitures et les vêtements européens.
Par ailleurs, les produits européens doivent prouver qu’ils respectent les normes du Mercosur, et vice-versa.
Le traité commercial entre l’UE et le Mercosur prévoit d’éliminer plus de 90 % des droits de douane imposés par le Mercosur et l’UE aux produits venant de part et d’autre de l’Atlantique.
Les Enjeux
Le Mercosur représente plus de 80 % du PIB sud-américain.
La zone de libre-échange se composera de plus de 700 millions de consommateurs. Les deux blocs représentent 30 % du PIB mondial.
Le marché européen s’ouvrira ainsi plus largement aux produits agricoles sud-américains, sur la base de quotas, sans obstacles tarifaires :
- 99.000 tonnes de bœuf par an au taux préférentiel de 7,5 %,
- 180.000 tonnes de volaille,
- 180.000 tonnes de sucre,
- 60.000 tonnes de riz.
Les marchés du Mercosur élimineront progressivement les droits de douane sur : les voitures, les machines, la chimie, les vêtements, le vin, les fruits frais ou encore le chocolat venus d’Europe.

Chaque partie s’engage à ouvrir ses marchés publics aux entreprises de l’autre continent.
En outre, les deux parties se sont également engagées à mettre fin à la déforestation illégale d’ici 2030. Toutefois, un « mécanisme de rééquilibrage » a été introduit à la demande des pays du Mercosur, dans le cas où les législations européennes (le règlement sur la déforestation notamment) affecteraient leur économie.
Selon la Commission européenne, l’accord produirait 0,1 % de croissance supplémentaire dans l’UE à l’horizon 2032. Côté Mercosur, la croissance pourrait augmenter de 0,3 %.
Distorsion de concurrence
A la toute fin des négociations, pour essayer de convaincre les derniers pays réticents ou en situation de blocage avec l’accord, la Commission européenne a validé en octobre 2025, des mécanismes de sauvegarde, bilatéraux, censés protéger le marché européen en cas de déstabilisation de la filière agricole.
Par ailleurs, un « filet de sécurité » a été pensé pour l’agriculture, d’un montant de 6,3 milliards d’euros devrait compléter le budget à long terme de l’UE. Le Mercosur reconnaît également 350 indications géographiques de l’UE, qui protègent les produits européens de haute qualité de la contrefaçon, à l’image du prosecco italien ou du roquefort français.
Autre élément important à noter, le Brésil s’est engagé à ne pas imposer de droits de douane sur des matières premières critiques (nickel, cuivre, aluminium, acier, titane) à destination de l’UE.
Les inquiétudes de l’agriculture européenne
Les critiques du secteur se concentrent sur l’importation de produits agricoles sud-américains dans l’UE sans pour autant respecter toutes ses règles, notamment sanitaires et environnementales. De plus, bien que l’accord prévoie des engagements en matière de droits du travail ou de conditions de travail décentes, ces importations pourraient favoriser une concurrence déloyale vis-à-vis des agriculteurs européens dans certains secteurs.
Les produits agricoles sud-américains seraient soumis à des normes moins strictes qu’en Europe en matière de pesticides et d’antibiotiques. Bien que les produits importés doivent respecter les normes de l’UE et ne pas contenir de substances interdites (hormones, certains pesticides…), leur contrôle et leur traçabilité comporteraient des lacunes. Au sein de l’UE notamment, les vérifications sanitaires et phytosanitaires restent sous la responsabilité des États membres, soulevant des inquiétudes quant à leur uniformité et leur efficacité.
Pour exprimer leur colère, on se souvient des tracteurs de la FNSEA dans les rues de Paris en janvier 2026, pour protester contre ce traité, mais également contre des normes européennes trop contraignantes.
« France ! Veux-tu encore de tes paysans », pouvait-on lire sur un tracteur.

L’opposition de la France
Après la signature de l’accord, le 6 décembre 2024, le président Emmanuel Macron a déclaré que le projet d’accord avec le Mercosur restait « inacceptable en l’état », exprimant ses préoccupations quant à l’impact sur l’agriculture française et l’environnement.

Face à la colère grandissante des agriculteurs français à mesure que les négociations arrivaient à leur terme, ces deux dernières années, Emmanuel Macron avait exigé que soient incluses dans le traité des « clauses miroirs ». La Commission européenne avait alors proposé de mettre en place des mesures de sauvegarde pour « les produits européens sensibles » (pour le bœuf, la volaille, le riz, le miel, les œufs, l’éthanol ou le sucre).
Les difficultés du métier
Très mobilisée, la profession affronte de multiples crises : épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins, faible cours du blé, prix élevé des engrais, menace d’une concurrence accrue…
Depuis 2022, les agriculteurs demandent des simplifications administratives et un allègement des normes, notamment européennes, jugées trop contraignantes et source de concurrence déloyale avec des pays où les exigences environnementales sont moindres. Ni la loi d’orientation agricole, adoptée début 2025, ni la loi dite Duplomb et encore moins les promesses de Paris et Bruxelles n’ont convaincu les syndicats.
La réponse de la France
En décembre dernier, le gouvernement français a officialisé une mesure « conservatoire » sur les avocats, mangues et autres agrumes, qui ne pourront plus entrer en France s’ils contiennent certaines substances interdites en Europe.
L’arrêté, déjà entré en vigueur, est pris pour une durée d’un an maximum, dans l’attente de « mesures appropriées par la Commission européenne », selon le texte paru au Journal officiel.
L’objectif est « dirigé contre tout pays du monde qui traiterait les fruits et légumes concernés avec une de ces cinq substances », indiquait-on au ministère de l’Agriculture, faisant démonstration d’usage des quatre fongicides – le mancozèbe, utilisé pour traiter les avocats, les mangues ou encore les poivrons, le thiophanate-méthyl (coings, agrumes, avoine…), le carbendazime et le bénomyl (tomates, graines de soja, blé…) – et d’un herbicide, le glufosinate (pommes de terre).
L’interdiction doit encore obtenir un feu vert de la Commission européenne.
Les gestes de l’Union Européenne
La Commission ouvrira une enquête si le prix d’un produit du Mercosur est au moins 8 % inférieur à celui de la même marchandise dans l’UE et que le volume des importations augmente de plus de 8 %. En cas de préjudice grave, l’UE pourrait temporairement remonter les taxes douanières sur les produits concernés. L’exécutif s’engage également à lancer une enquête si un Etat européen le demande et qu’il existe un risque suffisant de préjudice.

Bruxelles a par ailleurs lâcher du lest sur le budget de la future politique agricole commune (PAC), de 2028 à 2034. La présidente de la Commission a proposé de débloquer de façon anticipée 45 milliards d’euros, dès 2028. Ces fonds auraient été potentiellement disponibles plus tard, lors d’une révision à mi-parcours de la PAC. Des élus et des agriculteurs dénoncent donc un « tour de passe-passe », avec une réallocation de fonds plutôt qu’une augmentation nette du budget.
Jusqu’ici, Bruxelles proposait un « minimum » de 300 milliards d’euros d’aides aux revenus des agriculteurs de 2028 à 2034, contre quelque 387 milliards durant la période antérieure.
Le coût des engrais
L’un des moteurs de la colère agricole est le coût des engrais. Les céréaliers demandent notamment de retirer les fertilisants du mécanisme européen de taxe carbone aux frontières, en vigueur à partir de 2026.
La Commission a ouvert la voie à une suspension temporaire de ce mécanisme. Elle a annoncé une réduction de certains droits de douane sur l’urée et l’ammoniac, pour limiter les prix des engrais azotés.
Validation et entrée en vigueur de l’accord
L’accord est dit « mixte », il contient à la fois des dispositions commerciales et politiques.
Le volet commercial (90 % de l’accord), doit encore être soumis au Parlement européen, à la majorité simple. Il s’imposera aux Etats Membres.
Le volet politique devra obtenir l’aval des parlements nationaux, car il couvre certaines compétences des États membres. Mais la procédure pourrait prendre des années, voire ne jamais aboutir.

Le Parlement européen ou tout État membre a par ailleurs la possibilité de saisir la Cour de justice de l’Union européenne pour contester ou vérifier la validité de l’accord avec les traités européens. Une option écartée par le gouvernement français, mais que les députés européens pourraient en revanche utiliser.
Célébration de l’accord entre Lula et von der Leyen
Le président brésilien Lula et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont célébré vendredi, à la veille de la signature, à Rio de Janeiro, l’accord commercial entre UE et Mercosur, y voyant un succès du multilatéralisme malgré les inquiétudes persistantes.
Cet accord est « très bon, surtout pour le monde démocratique et pour le multilatéralisme », a dit Luiz Inacio Lula da Silva. « C’est le pouvoir du partenariat et de l’ouverture », a renchéri la dirigeante européenne. « C’est ainsi que nous créons une vraie prospérité », a ajouté Ursula von der Leyen.
Avec le Mercosur, les deux blocs envoient « un message très fort à un moment où le droit international est menacé, où des pays comme la Chine pratiquent une concurrence déloyale dans le commerce international, où des pays comme les Etats-Unis augmentent leurs droits de douane », a estimé le président du Conseil européen, Antonio Costa, à Rio.
En pleins bouleversements géopolitiques mondiaux, Lula et Ursula von der Leyen ont vanté l’alliance des deux blocs : en supprimant une large part des droits de douane, l’accord favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de fromages ; dans le sens inverse, il facilite l’entrée en Europe de bœuf, volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.
Au-delà du commerce, les deux dirigeants se réjouissent de mettre en avant leurs valeurs : « L’Union européenne et le Mercosur partagent des valeurs telles que le respect de la démocratie, de l’Etat de droit et des droits humains », a lancé le leader de la gauche brésilienne. La présidente de la Commission européenne a vanté le « leadership » de son hôte, basé à ses yeux sur l’attachement à « la démocratie, l’ordre international fondé sur des règles et (au) respect », notamment « pour les autres pays ».
Sur un autre thème, celui des « matières premières critiques », au croisement des intérêts économiques et des enjeux de souveraineté nationale, Mme von der Leyen a souligné qu’Europe et Brésil « avancent vers un accord politique très important », visant des investissements conjoints dans « le lithium, le nickel et les terres rares ». Selon elle, « c’est essentiel pour notre transition numérique et écologique, ainsi que pour notre indépendance stratégique dans un monde où les minerais tendent à devenir un instrument de coercition ».
Les pays de la région, réunis le jour suivant, pour la signature, cherchent encore à mesurer la nouvelle donne créée par la capture le 3 janvier du président vénézuélien Nicolas Maduro lors d’une opération militaire américaine spectaculaire. M. Maduro est désormais détenu aux Etats-Unis.
Le président du Conseil européen, António Costa, a lui déclaré samedi à Asuncion que l’accord envoyait « un message de défense du libre-échange, fondé sur des règles, du multilatéralisme et du droit international comme base des relations entre pays et régions », ce qui contraste avec « l’instrumentalisation du commerce à des fins géopolitiques ».
Combat du monde d’hier ?
L’Union européenne compte aujourd’hui près de 50 accords commerciaux avec des pays du monde entier. Alors que le multilatéralisme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est en panne, les accords bilatéraux de libre-échange sont devenus centraux dans la stratégie commerciale européenne. Plus ou moins approfondis, ces partenariats comportent toujours une diminution des droits de douane.
Cependant, Donald Trump bouscule les lignes et les codes du monde installé depuis Yalta, où le commerce et l’interconnexion des États et de leurs intérêts devaient empêcher le retour des guerres mondiales.
Ce traité se met en place à l’heure où Donald Trump menace d’imposer de nouveaux droits de douane, pouvant aller jusqu’à 25 %, sur les produits d’un certain nombre de pays européens « jusqu’à la vente totale du Groenland ».
« Les États n’ont pas d’amis, juste des intérêts », affirmait le Général de Gaulle.
L’heure est à la relance de l’impérialisme autoritaire, décomplexé et conquérant de Donald Trump, offrant dans le même temps un blanc-seing à Vladimir Poutine et Xi Jinping d’exercer leur autorité sur leur propre « zone d’influence », à l’image de la doctrine Donroe.
👉 La France, 2ème pays européen par sa surface, sa population et son PIB : perte de son influence !
👉 L’Allemagne, 1er pays européen par sa surface, sa population et son PIB : le maître du jeu !
La France est-elle victime d’une dégradation de sa place, son influence et sa puissance ?
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