
Que retenir de la Conférence de Munich 2026 ?
Dans un monde de plus en plus sous tension, depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022 par Poutine, l’arrivée pour la seconde fois de Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 et la Chine de Xi qui s’affirme de plus en plus, la Conférence de Munich, le « Davos de la Défense », devient un rendez-vous très observé.
Voici les points marquants à retenir de cette Conférence, qui a réuni plus de 60 chefs d’État et de gouvernement, sous la mention des organisateurs d’un « ordre international ravagé à coups de boutoir » :
Les Européens invitent les États-Unis de Donald Trump à la coopération
Le président français, Emmanuel Macron, a suggéré de prendre l’Europe en « exemple » plutôt que l’inverse, appelant à cesser le « caricaturer » le vieux continent : « L’Europe a été vilipendée comme une construction vieillissante, lente et fragmentée, reléguée par l’histoire. Comme une économie surréglementée et apathique qui se détournerait de l’innovation. Comme une société en proie à des migrations barbares qui corrompraient ses précieuses traditions ». L’Europe est même décrite « dans certains milieux comme un continent répressif où la parole ne serait pas libre », a-t-il poursuivi, rappelant le discours agressif du vice-président américain JD Vance de l’an passé.
Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a pour sa part, proposé : « Réparons et ravivons ensemble la confiance transatlantique », en direction des « amis américains » de l’Europe. « A l’ère de la rivalité entre grandes puissances, même les États-Unis ne seront pas assez puissants pour faire cavalier seul », a-t-il poursuivi, comme une mise en garde.

Le président finlandais, Alexander Stubb, a abondé en ce sens : « Il y a des questions sur lesquelles nous pouvons travailler avec les Américains – l’Otan, la défense, la technologie, les minéraux, dans notre cas les brise-glaces (…). Il y a donc beaucoup de choses que nous pouvons faire, tout en étant en désaccord cordial sur des choses liées à l’UE ou aux institutions internationales, à l’ordre international libéral et au changement climatique », vantant lui aussi une relation apaisée et coopérative.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en se référant à l’invasion russe en Ukraine, a de nouveau plaidé pour une Europe « indépendante » et « forte ». Selon elle, « l’Europe doit passer à la vitesse supérieure » et « assumer ses responsabilités ». Pour ce faire, elle doit « s’affranchir de tous les tabous », a-t-elle estimé, évoquant notamment l’utilisation de « la clause de défense mutuelle », un engagement collectif des pays membres de l’UE à se défendre en cas d’agression. Elle a également assuré que l’avenir de l’Europe et du Royaume-Uni étaient « plus que jamais liés », 10 ans après le Brexit.
Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, appelle l’Europe, « géant endormi », à réduire sa « surdépendance » envers les États-Unis, notamment en matière d’armement, grâce à un renforcement de sa coopération industrielle, une « interdépendance ». « Nous voulons apporter à l’Europe notre leadership en matière de défense, d’IA et de technologies, afin de multiplier nos forces et construire une base industrielle commune pour booster notre production dans le domaine de la défense », souligne-t-il. Il se défend néanmoins de toute « vision » qui scellerait « le retrait des États-Unis » de la sécurité européenne, pour insister sur « un meilleur partage des charges, refondant des liens qui nous ont si bien servis ». L’Europe dispose « d’immenses capacités de défense, mais, trop souvent, tout cela a produit un résultat inférieur à la somme de ses parties », selon M. Starmer. La faute à une « planification industrielle fragmentée » et à des « processus de commandes publiques longs et laborieux », ajoute-t-il. Il a par ailleurs prôné une participation renforcée de la Grande-Bretagne à la politique de défense européenne : « Nous devons être capables de dissuader l’agression et, oui, si nécessaire, nous devons être prêts à nous battre », a-t-il dit, avant d’ajouter : « Multiplions nos forces et bâtissons une base industrielle commune à travers l’Europe, capable de doper notre production de défense ».
Une Otan plus « forte »
Selon Mark Rutte, il y a un « changement d’état d’esprit » au sein de l’Otan et « l’Europe assume davantage un rôle de leadership au sein de l’OTAN», et « prend aussi davantage soin de sa propre défense ». « Une Europe forte dans une OTAN forte signifie que le lien transatlantique sera plus fort que jamais », veut-il croire.
Emmanuel Macron avait déclaré dès son arrivée que la relation « est au milieu de beaucoup d’incertitude. Mais nous, on a à clarifier ce qu’on veut pour nous-mêmes et ce qu’on a à faire. Et les États-Unis ont à clarifier ce qu’ils sont prêts à faire pour les Européens ».
L’Ukraine entame sa 4ème année de guerre
Le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriï Sybiga, a discuté avec son homologue chinois Wang Yi « des efforts de paix et du rôle important de la Chine pour faciliter la fin du conflit » avec la Russie. Ce dernier a de son côté affirmé que la position de la Chine est « constante, (…) promouvant activement les pourparlers de paix ». De leur côté, les gouvernements occidentaux et Kiev accusent Pékin de fournir à la Russie un soutien économique crucial à son effort de guerre, notamment des composants militaires pour son industrie de défense.
« Il est bon d’avoir un partenariat solide avec les Américains », a déclaré en marge de la conférence le président ukrainien Zelensky. Mais l’Europe « a besoin d’une industrie de défense indépendante, très forte (en) partenariat avec les États-Unis », a-t-il insisté. « C’est notre continent ».

Les dirigeants européens ainsi que ceux du Canada, de l’Otan et de l’Union Européenne se sont réunis autour de M. Zelensky pour évoquer la situation ukrainienne, mais sans la présence du secrétaire d’États américain, Marco Rubio, en raison d’un « emploi du temps chargé ».
Alors qu’Emmanuel Macron a récemment souhaité une reprise du dialogue avec Vladimir Poutine, le chancelier allemand s’est dit « prêt à parler » lui aussi avec la Russie « si cela apporte quelque chose », mais a observé que la Russie n’avait « pas encore la volonté d’avoir une discussion sérieuse ». Emmanuel Macron a souligné que l’Europe devrait « définir ses règles de coexistence » avec la Russie une fois qu’un accord de paix serait trouvé. Et de préciser que s’ils veulent être en « position de force » pour discuter avec la Russie à l’avenir, les pays du Vieux Continent doivent « développer activement » leur « boîte à outils » en matière de défense, notamment en matière de systèmes de « frappes de précision en profondeur », a-t-il estimé.
Rubio appelle les Européens à rejoindre le combat de Trump
A l’inverse du discours du vice-président JD Vance l’année dernière devant la même assemblée, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a livré des propos plus diplomatiques, devant une assemblée de chefs d’État et de gouvernements européens plus soudés et plus volontaires dans leur volonté de vouloir « peser ». Rubio a appelé les Européens à se ranger derrière la vision de Donald Trump sur l’ordre mondial, tout en prônant la revitalisation du lien avec une Europe « forte ». Les États-Unis, sous Donald Trump, sont prêts à mener la « restauration » de l’ordre mondial, a-t-il poursuivi. Marco Rubio a assuré que les États-Unis souhaitaient « des alliés (…) qui comprennent que nous sommes les héritiers d’une même grande et noble civilisation et qui, avec nous, sont prêts et capables de la défendre …/… Nous ne cherchons pas à diviser, mais à revitaliser une vieille amitié », a-t-il affirmé. Si les États-Unis sont « prêts, si nécessaire, à agir seuls, nous préférons et espérons agir avec vous, nos amis ici en Europe », a-t-il précisé.

Mais M. Rubio a repris des thèmes chers au président américain comme « l’effacement civilisationnel », lié selon lui à l’immigration de masse ou la désindustrialisation qui menacent l’Europe, comme les États-Unis.
Par ailleurs, le responsable américain a réitéré la position de l’administration Trump selon laquelle l’ONU n’a joué « pratiquement aucun rôle » dans la résolution des conflits et a appelé à une réforme des institutions mondiales.
« Reza II » le nouveau shah d’Iran ?
Intervenant aussi à la tribune, le fils exilé du chah déchu, Reza Pahlavi, a estimé qu’il était « temps d’en finir avec la République islamique », en appelant M. Trump à « aider » le peuple iranien. Près de 250.000 personnes ont manifesté contre le gouvernement iranien à Munich samedi. Il s’est dit prêt à mener une « transition » en Iran, après que le président américain Donald Trump a évoqué ouvertement le renversement du régime. « Je suis ici pour garantir une transition vers un avenir démocratique et laïque », a lancé celui qui décrit les événements actuels comme « la révolution du lion et du soleil ». « Je m’engage à être le leader de la transition » vers un « processus démocratique et transparent, à travers les urnes », a martelé le fils exilé du chah devant les manifestants. Héritier du trône du chah d’Iran, Reza Pahlavi, 65 ans, vit en exil aux États-Unis depuis la révolution de 1979 qui a renversé son père. Ces derniers jours, il a multiplié les appels à la mobilisation, en Iran comme à l’étranger, contre la République islamique.

Le Groenland intéresse toujours les États-Unis
Rubio a rencontré la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, et son homologue groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, pour discuter du Groenland. « Discussions constructives avec le secrétaire d’États Marco Rubio », a commenté sur X Mette Frederiksen. « Nous avons été au cœur d’un débat majeur sur la sécurité dans notre région, et nous avons déclaré dès le départ que nous étions prêts à assumer notre part de responsabilité à cet égard. Il va donc de soi que nous devons participer à une telle conférence » à Munich sur la sécurité, avait déclaré le Premier ministre groenlandais à son arrivée en Allemagne.

Trump avait abandonné ses menaces pour ouvrir un « cadre » de négociation avec le chef de l’Otan, Mark Rutte, devant offrir aux États-Unis une plus grande influence sur le territoire arctique. Un groupe de travail réunissant le Groenland, le Danemark et les États-Unis a été mis sur pied pour discuter des préoccupations américaines concernant ce territoire autonome danois, sans que les détails de ces contacts soient rendus publics. En parallèle des négociations, l’Otan a lancé une mission de sécurité dans l’Arctique à laquelle le Danemark participe, notamment en mettant à disposition des avions de chasse F-35.
Mais au terme de la réunion d’une quinzaine de minutes, Mette Frederiksen a déclaré que Trump « désire » toujours s’emparer du Groenland. « Tout le monde nous demande si nous pensons que c’est fini ? Non, nous ne pensons pas que c’est fini », a-t-elle insisté. « Nous avons maintenant un groupe de travail. Nous essayerons de voir si nous pouvons trouver une solution (…) Mais bien sûr il y a des lignes rouges à ne pas franchir », a mis en garde Mme Frederiksen.
La Chine, « fiable », inflexible et incontournable
Le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, a rencontré une majorité de dirigeants occidentaux durant l’événement, cherchant à présenter Pékin comme un partenaire fiable face à des États-Unis, de plus en plus imprévisibles depuis le retour du président Donald Trump.
Sur la guerre en Ukraine, à rebours de la position américaine, Wang Yi a plaidé pour « un accord de paix complet, durable, qui soit acceptable et engage toutes les parties ». Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a déclaré que l’Europe ne devait pas être « spectatrice » de discussions pour une résolution du conflit en Ukraine. L’an dernier, « lorsque les États-Unis et la Russie ont repris le dialogue, l’Europe semble avoir été tenue à l’écart », a-t-il déploré. « La guerre se déroule sur le sol européen, et l’Europe a assurément le droit de participer au processus de négociation le moment venu. L’Europe ne doit pas figurer au menu, mais être assise à la table», a-t-il dit.

Wang Yi, a appelé son homologue canadienne à faire « redémarrer » la coopération entre leurs deux pays. En janvier, le Premier ministre canadien Mark Carney s’est rendu en Chine, où il a notamment signé un accord commercial préliminaire, lors d’une visite saluée comme un nouveau commencement après des années de brouille. « La Chine a la volonté de travailler avec le Canada pour éliminer les interférences, faire redémarrer les échanges et la coopération dans divers secteurs », a-t-il dit, qualifiant la visite de M. Carney en janvier 2026 de « productive » et appelé à bâtir un « nouveau type de partenariat stratégique ». La détente diplomatique sino-canadienne a semblé se poursuivre début février avec l’annulation par Pékin de la condamnation à mort d’un Canadien dans une affaire de drogue. Les relations bilatérales étaient notamment empoisonnées par l’arrestation en 2018 à Vancouver de la directrice financière du groupe chinois Huawei, Meng Wanzhou. Pékin avait ensuite arrêté deux Canadiens pour espionnage, dans ce qu’Ottawa avait dénoncé comme étant des représailles.
Pékin espère porter à un « nouveau niveau » ses relations avec Berlin : « La Chine a la volonté de travailler avec l’Allemagne afin de préparer la nouvelle étape d’échanges de haut niveau, renforcer la coopération pragmatique dans divers secteurs (…) et faire passer le partenariat stratégique global Chine-Allemagne à un nouveau niveau », a dit M. Wang à M. Merz, qualifiant la coopération économique et commerciale de « pierre angulaire des relations » bilatérales.

Le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, a déclaré que toute tentative américaine de « comploter » afin de séparer l’île de Taïwan de la Chine conduirait « très probablement » à une « confrontation ». Il a exhorté Washington à choisir le chemin « pragmatique » de la « coopération » et des « intérêts communs » avec Pékin. Il a appelé en parallèle à ne pas suivre une autre voie : « Celle du découplage, de la dissociation et de la rupture des liens avec la Chine, de l’opposition à tout ce qui touche à la Chine, celle de la formation de diverses cliques et groupes visant la Chine, voire celle d’inciter et de comploter pour diviser la Chine par le biais de Taïwan, franchissant ainsi les lignes rouges de la Chine », a-t-il dit. Wang Yi a de nouveau dénoncé les propos tenus en novembre par la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, sur la question taïwanaise, qui avait laissé entendre que son pays pourrait intervenir militairement en cas d’attaque militaire contre Taïwan. Des propos jugés par Pékin comme une grave atteinte à sa souveraineté et qui ont très fortement tendu les relations bilatérales. Saluant l’Allemagne pour avoir rompu avec le nazisme après la Seconde Guerre mondiale, Wang Yi a cité le Japon en contre-exemple, notant que certains criminels de guerre y étaient encore révérés et que « les fantômes du militarisme » nippon, responsable d’atrocités en Asie dans les années 1930-1940, n’avaient « pas disparu ». « Toutes les nations éprises de paix devraient adresser un avertissement au Japon : s’il veut revenir en arrière et emprunter cette voie, il ne pourra que courir à sa perte », a-t-il souligné. « S’il veut tenter à nouveau le sort, alors il essuiera une défaite plus rapide et plus cuisante encore ».

Conclusion
Ces rencontres internationales sont importantes car elles servent de thermomètre sur des sujets brûlants, et permettent d’observer l’émergence de points de blocage, d’état des lieux des rapports de force ou la réaffirmation de lignes rouges.
Les États-Unis se sont présentés devant les Européens sans arrogance ni brutalité, mais derrière l’encouragement d’une Europe plus forte, la « vision de Donald Trump sur l’ordre mondial » reste identique.
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