
Le prĂ©sident Donald Trump a justifiĂ© l’opĂ©ration de capture de son homologue vĂ©nĂ©zuĂ©lien Nicolas Maduro par la nĂ©cessitĂ© de restaurer la suprĂ©matie incontestĂ©e des Etats-Unis sur l’ensemble des AmĂ©riques.
Le XIXème siècle de James Monroe
Il a présenté cette opération nocturne dans la capitale du Venezuela comme une remise au goût du jour de la doctrine de son prédécesseur James Monroe (1817–1825), doctrine de politique étrangère des États-Unis exprimée devant le Congrès le 2 décembre 1823[1] en ces termes :
- Les Amériques ne sont plus ouvertes à la colonisation,
- Toute intervention européenne dans les affaires des Amériques (Nord et Sud). sera perçue comme une menace pour la sécurité et la paix,
- Les États-Unis, en contrepartie, n’interviendront pas dans les affaires européennes.
En d’autres termes, les Amériques sont la chasse gardée des Etats-Unis.

Interventionnisme
A ce titre, avant la Première Guerre Mondiale, les Etats-Unis sont intervenus militairement en Haïti et au Chili (1891), au Nicaragua (1895), à Porto Rico et à Cuba (1898), au Nicaragua (1899), au Venezuela, en République dominicaine et en Colombie (1903), en République dominicaine et Guatemala (1904), à Cuba (1906-1909), en République dominicaine (1907), au Venezuela (1908), au Nicaragua (1909-1910), au Honduras (1910-1911), à Cuba, au Nicaragua et en République dominicaine (1912), et en Haïti (1915).
Pendant la guerre froide, la doctrine Monroe devient un outil idéologique avec la lutte anti-communiste, qui a conduit les Etats-Unis à intervenir au Guatemala, au Brésil, en République dominicaine, au Chili, au Salvador, au Nicaragua et à Grenade, avec comme point de crispation aigue la crise des missiles à Cuba en 1962.
Par ailleurs, il a été révélé, par la déclassification de documents, que la CIA était à l’origine de tentatives de déstabilisation de plusieurs régimes en Amérique centrale et Amérique du Sud.
L’Amérique latine est passé d’une dépendance coloniale européenne à une dépendance économique, politique et stratégique américaine.
Le XXIème siècle de Trump : Doctrine « DonRoe »
Dès aout 2017, Trump a souhaité faire un nouvel usage de la doctrine Monroe, en évoquant déjà une possible intervention au Venezuela, sous influence de l’Iran et de la Russie. En février 2018, son Secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, souhaitait se servir de la même doctrine pour repousser les visées impérialistes de la Chine en Amérique latine.
Trump s’est donc saisi de la doctrine pour en faire un outil de son premier mandat, exposé clairement lors de son discours devant la 73eme Assemblée générale des Nations unies le 25 septembre 2018[2].
L’évolution syntaxique vers le « Don » s’est concentrée sur la contraction du prénom du Président, mais certains journalistes apportent une autre explication, Trump se ferait appeler « Don » en privé, en référence à Vito « Corleone » Andolini , dans le film « le Parrain, » de Francis Ford Coppola (1972) (« Don » du latin « dominus », « le maître »).
Depuis, il a encore Ă©voluĂ© sur le sujet : « On l’appelle maintenant le document Donroe », a dĂ©clarĂ© rĂ©cemment le PrĂ©sident Trump, « La doctrine Monroe est très importante, mais nous l’avons dĂ©passĂ©e de très loin », s’est targuĂ© Donald Trump.
« Dans le cadre de notre nouvelle stratĂ©gie de sĂ©curitĂ© nationale, la domination amĂ©ricaine dans l’hĂ©misphère occidental ne sera plus jamais remise en question », a-t-il dit, faisant rĂ©fĂ©rence au document « StratĂ©gie de sĂ©curitĂ© nationale » des Etats-Unis[3], publiĂ© en novembre 2025.

Dans ce document, il est affirmĂ© que les Etats-Unis doivent chercher Ă accĂ©der aux ressources et aux emplacements stratĂ©giques, et veiller Ă ce que les gouvernements de la rĂ©gion (l’AmĂ©rique latine) soient « suffisamment stables et bien gouvernĂ©s pour prĂ©venir et dĂ©courager les migrations massives vers les Etats-Unis ». Les États-Unis « refuseront aux concurrents non-hĂ©misphĂ©riques la possibilitĂ© de positionner des forces ou d’autres capacitĂ©s menaçantes, ou de possĂ©der ou de contrĂ´ler des actifs stratĂ©giques » dans la rĂ©gion, selon le document, faisant allusion Ă la Chine, principal acheteur du pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien, et investisseur dans la rĂ©gion.
Dans l’esprit de Trump, sa doctrine s’applique du Groenland jusqu’au Cap Horn. N’a-t-il pas rebaptisé en septembre dernier le Ministère de la Defense (le Pentagone) en ministère de la guerre[4] ?
Le Vénézuéla : dangereuse jurisprudence ?
Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU, Antonio Guterres, s’est ainsi inquiĂ©tĂ© du « dangereux prĂ©cĂ©dent » que constitue l’intervention amĂ©ricaine Ă Caracas suivie de l’enlèvement de Nicolas Maduro et sa femme.
Face à la détermination de Trump 2.0 et sa capacité démontrée dans le « verbe et l’action », Antonio Guterres a raison d’être inquiet, sur deux plans :
- La reconnaissance, par l’impérialisme de Trump, qu’il existe des zones d’influence, faisant penser à la Chine et la Russie,
- La doctrine « DonRoe » pourrait être l’outil pour revenir à des « conquêtes » de territoires sur le Groenland, le Canada, la Mexique, la Colombie, Cuba ou encore le Panama, pour des prétextes de sécurité nationale, d’illégitimité, de narco-trafique ou de sécurisation d’infrastructures stratégiques.
Conclusion
L’opération vénézuélienne fait démonstration d’une ligne américaine plus dure en Amérique latine, sa sphère d’influence.Et récemment toujours, la nomination d’un envoyé spécial au Groenland[5], qui ressemble fort aux prémices d’un gouvernorat.
Ce signal pourrait inspirer la Chine, sur Taïwan, et la Russie, sur l’Ukraine.
Et qu’en sera-t-il de l’Afrique ?Â
Par ailleurs, cet interventionnisme soulève la question d’un monde multilatéral à sens unique, pour le plus grand appétit commercial et financier des Etats-Unis, d’une justice internationale moquée par une justice impériale, légitimant des actes de guerre comme un principe d’extra-territorialité, autorisant d’autres nations aux visées impériales à en faire de même.
[1]Â https://millercenter.org/the-presidency/presidential-speeches/december-2-1823-seventh-annual-message-monroe-doctrine
[2] https://trumpwhitehouse.archives.gov/briefings-statements/remarks-president-trump-73rd-session-united-nations-general-assembly-new-york-ny/
[3] https://www.linkedin.com/posts/%F0%9F%94%B4-denis-deschamps-1509893_activity-7403678487129006081-OYMG?utm_source=share&utm_medium=member_desktop&rcm=ACoAAACtoYwBJMFLsRrmAIb-06UUx0HP8Jw-jMk
[4] https://www.linkedin.com/posts/%F0%9F%94%B4-denis-deschamps-1509893_cest-vendredi-la-g%C3%A9opo-fait-son-show-activity-7372143673356242944-zxEw?utm_source=share&utm_medium=member_desktop&rcm=ACoAAACtoYwBJMFLsRrmAIb-06UUx0HP8Jw-jMk
[5] https://www.linkedin.com/posts/%F0%9F%94%B4-denis-deschamps-1509893_activity-7409882705749807105-Rkex?utm_source=share&utm_medium=member_desktop&rcm=ACoAAACtoYwBJMFLsRrmAIb-06UUx0HP8Jw-jMk(6) https://www.matteoiacoviello.com/gpr_files/GPR_PAPER.pdf
#Trump #DoctrineMonroe #DonRoe #interventionnisme #imperialisme #Colonisation #Ressources
#Canada #Groenland #Mexique #Venezuela #Colombie #Cuba #Panama #AmeriqueLatine #Ameriques #Europe
#Chine #Russie #USA #ONU