
Le motif officiel : la sécurité nationale.
La réalité : bien plus complexe.
Les faits
Le 9 juin dernier, Anthropic lançait Fable 5 et Mythos 5, ses deux modèles les plus avancés, derniers nés d’une entreprise valorisée près de 1.000 milliards de dollars et en route vers une introduction en Bourse historique.
Trois jours plus tard, sur ordre du secrétaire au Commerce Howard Lutnick, Anthropic était contrainte de les « désactiver brutalement » pour l’ensemble de ses clients. Motif : contrôle des exportations. L’accès était interdit à « tout ressortissant étranger, à l’intérieur ou à l’extérieur des Etats-Unis », y compris les employés étrangers d’Anthropic eux-mêmes.
Faute de pouvoir trier ses utilisateurs, l’entreprise a tout coupé.
Le prétexte de la cybersécurité
Une entreprise aurait contourné les garde-fous de ces modèles, réputés capables de détecter et exploiter des failles de cybersécurité avec une rapidité et une acuité inédites.
Fable 5 est bridé dans des domaines sensibles comme la cybersécurité et les risques d’attaque biologique et chimique. Sa version non bridée, Mythos 5, est réservée à quelque 200 entreprises, organisations et agences étatiques, désormais choisies « en collaboration avec le gouvernement américain », selon Anthropic.
« Nous contestons que la découverte d’un potentiel contournement justifie le rappel d’un modèle commercial déployé auprès de centaines de millions de personnes », déclare Anthropic
Dean Ball, ancien conseiller de la Maison Blanche sur l’IA jusqu’à l’été 2025, a réagi sur X :
« Je n’arrive pas à déterminer s’il s’agit d’un acharnement judiciaire ou d’un excès de zèle sécuritaire. C’est tout simplement grotesque. »
L’Union européenne, qui a obtenu l’accès à Mythos au début du mois de juin après plusieurs semaines de négociations, a déclaré que ce dernier développement soulignait encore davantage « le besoin de souveraineté technologique de l’Europe ».
Ce que cela révèle vraiment
La sécurité nationale est le motif invoqué. Mais le vrai enjeu est ailleurs : les États-Unis ne souhaitent pas mettre à disposition de leurs concurrents, États comme entreprises, une technologie qui pourrait leur conférer un avantage compétitif majeur et menacer le leadership américain.
Ce n’est pas nouveau. L’Histoire est jalonnée de ces frictions entre puissance politique et innovation de rupture :
- Le Red Flag Act britannique (1865) : ou locomotive act. Pendant la seconde révolution industrielle, le pouvoir politique avait encouragé la maîtrise et le développement de l’énergie produite par la vapeur pour développer ses industries et ses transports (automobile, train et bateau). Seulement, le passage d’un monde à l’autre, de la force musculaire (humaine et animale) à la force mécanique, a créé de la friction. Le parlement a donc bridé les nouvelles innovations pour ne pas aller plus vite que la vitesse d’un homme et d’un cheval, soit 6 km/h et chaque automobile devait être précédée d’un homme portant un drapeau rouge. La Grande-Bretagne, pionnière de la vapeur, perdit ainsi son avance au profit de l’Allemagne et la France dans l’industrie automobile.
- La cryptographie américaine dans les années 1990 : les algorithmes de chiffrement étaient classés « munitions de guerre » et leur exportation interdite. Le motif invoqué : exactement le même qu’aujourd’hui : sécurité nationale et risque cyber.
- L’énergie nucléaire civile (1950-1970) : les États-Unis contrôlèrent strictement l’accès à la technologie nucléaire via l’Atomic Energy Act, non par peur, mais pour conserver le monopole sur une énergie stratégique.
Le contexte politique ne peut pas être ignoré
Ce n’est pas le premier affrontement entre Anthropic et l’administration Trump. En mars dernier, le Pentagone rompait ses contrats avec l’entreprise, la désignant comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement », après qu’elle aurait refusé que son IA serve à la surveillance de masse ou à des armes autonomes.
Ce que tout décideur doit comprendre
L’IA n’est plus seulement une révolution technologique. Elle est devenue un instrument de puissance géopolitique, soumis aux mêmes logiques que le pétrole, le nucléaire ou la cryptographie avant elle.
Les entreprises qui n’intègrent pas cette dimension dans leur stratégie technologique et opérationnelle naviguent à vue.
La géopolitique et la géoéconomie ne sont plus des disciplines réservées, ce sont vos premiers influenceurs sur votre pérennité et votre croissance.
La complexité, c’est mon métier. Le décryptage opérationnel, c’est ma mission.
🎯 Vous dirigez une entreprise.
🌍 La géopolitique dirige vos marchés.
L’Abonnement Géopolitique Annuel, pour ne plus jamais être pris de court :
- 2 décryptages stratégiques par an (en live ou visio), orientés sur les risques et opportunités de vos métiers
- « Le 24h sur la planète » chaque jour — pour vous et les personnes clefs de votre organisation
- Un accompagnement personnalisé. Des analyses qui croisent géopolitique, économie et stratégie d’entreprise. Une vision globale. Une utilité immédiate pour votre stratégie.
📩 Écrivez-moi. On en parle.
#Géopolitique #IA #Anthropic #Technologie #Cybersécurité #StratégieEntreprise #Leadership #Comex #Régulation #Puissancenomie #MarchesFinanciers #IA #Chine #transformation