Les Etats-Unis vont développer de nouveaux missiles après la sortie du traité INF, déclare le Pentagone.

Les Etats-Unis ont signalé leur intention d’accélérer le développement de nouveaux missiles conventionnels quelques heures après avoir acté avec la Russie la mort de l’emblématique traité INF sur les arsenaux intermédiaires, semblant justifier les craintes d’une relance de la course aux armements.

Après six mois de dialogue de sourds et d’accusations réciproques de violations, Russie et Etats-Unis ont laissé expirer l’ultimatum lancé par l’administration de Donald Trump en février, s’accusant mutuellement d’être responsables de la fin de ce texte bilatéral datant de la Guerre froide.

Le président américain a fait savoir que tout nouveau traité devrait aussi inclure la Chine, dont la montée en puissance militaire préoccupe de plus en plus Washington.

Pour les Américains, Moscou a accru ces dernières années ses capacités d’une manière incompatible avec le traité INF, qui concernait les missiles d’une portée de 500 à 5.500 kms et avait permis dans les années 1980 l’élimination des missiles russes SS20 et américains Pershing, au coeur de la crise des euromissiles.

« Maintenant que nous nous sommes retirés, le ministère de la Défense va poursuivre pleinement le développement de ces missiles conventionnels tirés depuis le sol dans une réponse prudente aux actions de la Russie », a déclaré le ministre américain de la Défense Mark Esper.

La Russie a répliqué en accusant Washington d’avoir « commis une grave erreur » et créé « une crise pratiquement insurmontable ». Elle a de nouveau proposé un « moratoire sur le déploiement d’armes de portée intermédiaire », ce que l’Otan a rejeté.

Nouvelle course aux armements ?

« Les Etats-Unis ont évoqué leurs inquiétudes auprès de la Russie dès 2013 », a rappelé le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, qui se targue du « plein soutien » des pays membres de l’Otan. Mais Moscou a « systématiquement repoussé durant six ans les efforts américains pour que la Russie respecte à nouveau » le texte, a-t-il ajouté.

En cause, les missiles russes 9M729, qui représentent selon lui une « menace directe » pour les Américains et leurs alliés, bien que la Russie assure qu’ils ont une portée maximale de 480 km.

Plusieurs discussions entre les deux puissances rivales se sont révélées infructueuses depuis février. Elles avaient même des raisons de vouloir sortir de ce texte qui fut négocié par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev en décembre 1987.

Le Pentagone veut avoir les mains plus libres pour moderniser son arsenal afin de contrer la montée en puissance de la Chine, qui cherche à affirmer sa suprématie militaire en Asie.

S’exprimant vendredi dans les jardins de la Maison Blanche, Donald Trump a estimé que Pékin comme Moscou devraient être partie prenante de tout nouveau texte visant à remplacer le traité INF. « Cela serait une très bonne chose pour tout le monde », a-t-il confié.

Et côté russe, le Kremlin n’est pas mécontent de se débarrasser d’un outil jugé à l’avantage de Washington.

Mike Pompeo a assuré que l’administration Trump souhaitait inaugurer « une nouvelle ère du contrôle des armements » dépassant le cadre bilatéral américano-russe et concernant également la Chine — une proposition qui ne semble pas intéresser Pékin à ce stade.

« La Russie voudrait faire quelque chose au sujet d’un traité nucléaire. Je suis d’accord », a lâché, sans plus de précisions, le président Trump.

Il ne reste désormais en vigueur qu’un seul accord nucléaire bilatéral entre Moscou et Washington : le traité START, qui maintient les arsenaux nucléaires des deux pays bien en-deçà du niveau de la Guerre froide et dont le dernier volet arrive à échéance en 2021.

« Les chances qu’il soit prolongé sont faibles. Dans ces conditions, plus rien ne limitera la nouvelle course aux armements nucléaires entre les Etats-Unis et la Russie », pronostique l’analyste russe Alexandre Saveliev.

Si l’administration Trump a promis pour l’heure de ne pas déployer de nouveaux missiles nucléaires en Europe, elle n’a fait aucune promesse sur le déploiement d’armes conventionnelles.

L’Otan ne veut pas de « course aux armements », déclare Stoltenberg.

L’Otan ne veut pas s’engager dans une nouvelle course aux armements après la fin du traité nucléaire INF entre les Etats-Unis et la Russie, mais fera en sorte que « sa capacité de dissuasion reste crédible », a annoncé son secrétaire général.

Jens Stoltenberg a par ailleurs rejeté une proposition de moratoire de Moscou sur le déploiement des armes nucléaires prohibées par ce document de la Guerre froide.

« Offrir un moratoire n’est pas crédible », a affirmé M. Stoltenberg au cours d’une conférence de presse au siège de l’Alliance atlantique à Bruxelles.

« La Russie a déployé des missiles en violation du traité INF (« Intermediate Nuclear Forces » ou « Forces nucléaires intermédiaires »). Comment croire en sa bonne foi », a-t-il accusé. « C’est risible et ridicule ».

Selon le chef de l’OTAN, la Russie « porte seule la responsabilité de la mort du traité INF » et doit « cesser de déployer ses nouveaux missiles et les détruire ».

« Nous ne voulons pas d’une nouvelle course aux armements, mais nous ferons en sorte que notre dissuasion soit crédible » face au déploiement du nouveau système de missiles russes « capables de transporter des têtes nucléaires et de frapper les villes européennes en quelques minutes », a-t-il affirmé.

Les Etats-Unis et leurs alliés considèrent que les missiles russes 9M729 violent le traité INF et représentent une « menace directe », bien que la Russie assure qu’ils ont une portée maximale de 480 km.

« Nous avons investi dans des nouvelles capacités de défense anti-missiles et aériennes. Nous avons augmenté les dépenses de défense (dans les 29 Etats membres). Nous avons accru notre présence militaire à l’est de l’Europe et nous avons augmenté la réactivité de nos forces », a encore énuméré Jens Stoltenberg.

« Mais nous ne réagirons pas de manière intempestive. Nous voulons conserver une approche juste, défensive et dissuasive (…) vis-à-vis des risques considérables que font peser les nouveaux missiles russe », a-t-il assuré.

« Nous n’allons pas déployer de nouveaux missiles nucléaires terrestres en Europe », a-t-il promis.

« Je suis convaincu que la Russie se rendra compte des avantages d’une maîtrise des armements. Il est dans l’intérêt de la Russie d’éviter une nouvelle course aux armements dangereuse et extrêmement onéreuse », a conclu le secrétaire général de l’OTAN.

La fin du traité nucléaire FNI « accroît les risques d’instabilité en Europe », regrette Paris.

La France a dit « regretter » qu' »aucune solution n’ait pu être trouvée pour maintenir en vigueur » l’emblématique traité nucléaire FNI, dont la fin, selon Paris, « accroît les risques d’instabilité en Europe et érode le système international de maîtrise des armements ».

« La France regrette qu’aucune solution n’ait pu être trouvée pour maintenir en vigueur le traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (FNI), et que la Russie n’ait pas répondu aux demandes d’explications ni aux appels à une application conforme du traité formulés de façon répétée l’an dernier », déclare dans un communiqué vendredi soir le porte-parole adjoint du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

« Le Traité FNI était un élément central de l’architecture de sécurité européenne et de la stabilité stratégique en Europe. La fin de ce traité accroît les risques d’instabilité en Europe et érode le système international de maîtrise des armements », estime le porte-parole.

« La France réaffirme son engagement en faveur d’une maîtrise des armements et d’un désarmement nucléaires réels et vérifiables, fondés sur le droit, et encourage la Russie et les États-Unis à prolonger au-delà de 2021 le traité New Start sur leurs arsenaux nucléaires et à négocier un traité successeur, ajoute le porte-parole dans le communiqué.

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